Rouages : “Maintenir un environnement sain pour avoir du matériel biologique”

Lauriane Bisch est zootechnicienne à la station Ifremer de Palavas-les-flots. Chaque jour, elle nourrit, soigne et entretien six à sept milles zebrafish et médakas, des poissons modèles dont les œufs seront utilisés pour la recherche. Une mission qu’elle nous détaille dans la série vidéo Rouages produite par l’Université de Montpellier. Moteur !

Depuis janvier 2024, Lauriane Bisch a troqué le lagon de Tahiti contre la lagune de Palavas. Bien au chaud dans la cafétéria de la station Ifremer, avec vue sur l’étang du Prévost que balayent les vents de février, la technicienne en expérimentation animale nous raconte ce retour au pays après huit ans passés à l’Ifremer du Pacifique.  « J’ai commencé par faire un DUT de génie biologique à Montpellier, puis un BTS aquacole en Bretagne. Je rêvais de me former à la perliculture alors je suis directement partie à Tahiti où j’ai eu la chance d’être recrutée à l’Ifremer. »

“En tee-shirt toute l’année !”

C’est ensuite la vie qui a poussé la jeune femme à se rapprocher de sa région natale. « On ne peut pas se plaindre, ici aussi on travaille dans un cadre magnifique et dans la salle des poissons modèle on est en tee-shirt toute l’année ! » Environ 40m2, une température ambiante de 25 ou 26 degrés et partout des rayonnages occupés par des aquariums ou s’ébattent des milliers de petits poissons. « A droite les médakas, qu’on trouve en Asie et qui sont des poissons d’estuaire. Ils évoluent dans une eau adoucie qui est un peu moins salée que l’eau de mer, mais qui reste de l’eau salée. A gauche les poissons zèbres, qui vivent dans des environnements tropicaux mais en eau douce ».

Chaque matin Lauriane Bisch nettoie et vérifie l’état des dizaines de bassins grâce à des sondes multiparamètres connectées qui lui donnent en direct la température de l’eau, le niveau de nitrites, la salinité, le PH… « C’est un instrument dont on se sert énormément, pour vérifier la qualité d’eau à l’instant T. Le but, c’est de les maintenir dans un environnement sain pour avoir du matériel biologique pour les expérimentations. » Et le matériel biologique en question sont les œufs qu’elle récupère chaque jour au fond des aquariums.  Car les poissons qu’elle élève sont des géniteurs qui ne sont pas destinés à l’expérimentation animale. « Ce sont leurs bébés qui seront utilisés par les chercheurs et chercheuses à différents stades de leur vie qui vont de l’embryon au stade juvénile voire adulte. »

“Comme un chien content de vous voir”

En observant les dates inscrites sur les aquariums, on constate que dans la salle des poissons modèles les individus les plus âgés peuvent avoir jusqu’à 5 ans. De quoi nouer des relations privilégiées avec leur soigneuse qui, au-delà de les maintenir dans un environnement sain, les nourrit et les soigne quotidiennement. « C’est important pour moi de travailler au contact d’animaux. Alors comme ce sont des poissons on pense qu’il n’y a pas d’interactions, mais quand arrive le moment du nourrissage ou du nettoyage, ils arrivent tous vers l’avant de l’aquarium. C’est un peu la même sensation que de rentrer à la maison et qu’il y a un chien qui est content de vous voir ».

Si elle règne seule sur la population des médakas et des zebrafish, ils sont cinq à exercer le métier de zootechniciennes et zootechniciens à la station Ifremer de Palavas-les-flots. A côté des petits poissons de Lauriane Bisch évoluent des espèces plus imposantes et emblématiques de l’écosystème méditerranéen tels que la daurade et surtout le bar. On trouve ainsi au centre de Palavas plus de 500 géniteurs vivants, conservés et élevés pour produire des lignées sauvages et sélectionnées. « Nous les zootechniciens ne faisons pas de la recherche mais grâce au travail que nous réalisons tous les jours, nous participons aussi à faire avancer la science. »